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Thérèse Massot : la patience et l'inspiration

On ne peint jamais par hasard et sans une réelle force de caractère. Le métier est difficile. Pour beaucoup d''appelés, peu d'élus. Aux côtés de ces derniers, beaucoup de talents oeuvrent dans une relative pénombre, poursuivant leur petit bonhomme de chemin. Ceux-là nous révèlent souvent de vraies raisons de croire et d'espérer en l'humanité. Il en est ainsi de Thérèse Massot.
Thérèse Massot est devenue peintre et sculpteur par sa seule volonté et grâce à un immense désir qui ne l'ajamais quitté. C'est qu'il lui a fallu toute une vie pour voir se réaliser ce qui était l'aspiration de sa jeunesse : être artiste à part entière. Aujourd'hui, elle est enfin reconnue comme telle. Quand elle explique que peindre nécessite un certain courage (ou de l'inconscience, mais le courage et l'inconscience ne sont-ils pas les deux faces de la même pièce ?), elle sait de quoi elle parle ! Douée pour le dessin, elle souhaite entrer aux Beaux-Arts.: Sa famille lui fait comprendre que la peinture est une activité qui ne nourrit ni son homme ni sa femme et que ce n'est même pas un métier. Car, en ces temps pas si lointains de la fin des années 50, quand onest une jeune fille, on se doit d'avoir un « vrai » métier, ce qui est déjà un grand progrès par rapport aux générations précédentes ! Thérèse Massot va donc mener de front tout au long de sa vie un travail salarié, une vie de famille et une activité artistique sacrifiée.
Sans jamais se décourager, elle ne cesse de crayonner et de peindre, prenant sur ses temps de loisirs pour entretenir sa passion. Mais ce n'est qu'au bout de son parcours salarié qu'elle peut enfin bénéficier des jalons qu'elle a semés.
Aujourd'hui, comme pour faire un pied de nez au temps passé, tout est prétexte à peinture chez Thérèse Massot. Boulimique de travail, elle aborde le paysage frontalement, laissant à la ;irréalistes, souligne-t-elle, jusque dans les portraits que je brosse. » Irréalistes ses tableaux le sont effectivement si l'irréalisme est de raconter des histoires accessibles aux gens dotés d'un coeur. Poussant sa veine poétique et symboliste en avant, elle n'hésite pas à aborder des sujets «inspirés » mystiques comme « Le phénix » ou religieux, au risque de déstabiliser son spectateur. Diversité ne nuit pas en art surtout quand l'artiste possède une marque de fabrique. La couleur est celle de Thérèse Massot. Sortis de son imagination féconde, les roses, mauves et violines dominent sa palette, subliment le réel et son trop plein de lumière. Thérèse Massot interprète la nature sans chercher à l'imiter. Elle se sert de la couleur pour attirer l'attention et fouetter le regard comme un passage vers une intimité révélée. Elle ne conserve que la silhouette des choses pour mieux capter son spectateur. « Voila un sujet qui m'est familier, se réjouit-il, puisque j'en reconnais l'aspect, les contours. » Mais alors qu'il se croit en terrain connu, l'artiste lui a pris la main et l'a entraîné dans son univers.
Piégé ! Celui de Thérèse Massot est un savant mélange de franchise, d'ingénuité, de courage et de patience. Cela s'appelle une oeuvre.

Alain COUDERT     
Arts-Actualité-Magazine